Nous
vivons dans une société où chacun n'a pas sa place,
qui n'assure pas à tous la libre émancipation ou bien
même la simple accession aux droits fondamentaux qu'elle a pourtant
édictés :
l'égalité de tous, devant la justice, la culture,
la liberté d'expression, etc...
Nous
constatons chaque jour que le système économique qui régit
les relations internationales, comme individuelles, est incapable de
subvenir aux besoins naturels
et vitaux de la majeure partie des habitants de cette planète.
Et
cela pour la simple raison qui s'impose de plus en plus clairement à
la face du monde :
Une société qui édifie ses bases sur l'exploitation
(humaine, comme des ressources naturelles) est une société
de division (sociale, économique et culturelle), de pillage,
d'oppression et de répression.
La
seule unité apparente demeure celle de ceux qui "possèdent",
et qui cherchent à maintenir, voire à accentuer, leurs
puissants organes de domination sur les masses laborieuses.
Nous
le savons aujourd'hui, notre lutte doit se faire sous le signe de "l'intelligence",
comme l'entendait Malcolm X, c'est à dire en se battant sur le
même terrain que notre oppresseur, mais non à ses côtés
:
"Nous ne croyons pas à un combat
dont les règles sont dictées par ceux qui nous écrasent.
Nous ne croyons pas pouvoir gagner un combat dont les règles
sont dictées par ceux qui nous exploitent. Nous ne croyons pas
pouvoir mener un combat en essayant de
gagner l'affection de ceux qui nous ont opprimés et exploités
depuis si longtemps (...) Nous
n'avons besoin de personne pour fixer les règles des combats
que nous allons livrer. Nous
devons étudier
la nature du combat en question, étudier
l'ennemi, étudier ce qui joue contre nous et ensuite dresser
un plan de bataille
et mettre au point une stratégie. Alors
on obtiendra des résultats. Mais tant qu'on permettra à
un tiers de venir nous dire ce que nous devons faire et ce que nous
ne devons pas faire (...) on n'aboutira jamais à rien."
(Extrait
des "Ultimes discours" de Malcolm X, Editions L'Esprit frappeur.
Texte intégral disponible sur le site www.assassin-productions.fr/malcolmx.htm)
L'indépendance et l'intransigeance critique vis-à-vis
des institutions et organisations existentes sont ainsi les premières
conditions d'une désaliénation possible.
Rompre
ses chaînes, c'est aussi rompre celles des
autres.
Dans ce contexte, le soutien aux hommes et aux femmes qui témoignent
de leur réalité et résistent malgré les
pressions qu'ils subissent est plus qu'indispensable, et ce, sur tous
les continents.
L'exemple de la lutte d'un homme comme Mumia Abu-Jamal nous enseigne
à quel point la force des convictions est puissante.
Incarcéré
et condamné à mort dans le cadre du programme anti-terroriste
"CoIntelPro" (qui a visé avec succès à
éliminer toute menace de subversion politique sur le territoire
américain), cet homme ne cesse de transmettre ses analyses
éclairées au delà du couloir de la mort. Pour
encore combien de temps ? Seule notre mobilisation JUSQU'A SA LIBERATION
saura le dire.
Sa
dénonciation des injustices commises par le système libéral
écrasant les minorités (dont les incarcérés,
ces "habitants des maisons d'arrêt", font partie) et
ses très justes critiques du fonctionnement anti-démocratique
de nos démocraties occidentales transpercent les murs. Encore
faut-il y prêter l'oreille...
"Apportée
aux Etats-Unis par des pilotes à la solde du gouvernement afin
de financer les contre-révolutionnaires d'Amérique centrale,
la cocaïne arrive à Nègreville, aux Etats-Unis, pour
y être transformée en cailloux cristallins (...) Un nouveau
et puissant poison commençait à se vendre dans les quartiers
pauvres, débarqué sur nos rives grâce aux détournements
de fonds opérés dans le cadre du plan secret "Iran-Contra",
baptisé par la CIA "opération Aigle Noir" et
dirigé par ce grand héros américain qu'est Ollie
North (...) *
L'histoire
récente, celle des années soixante contestataires, a connu
également une vague de consommation de drogues - cachets divers,
herbe, héroïne non-coupée - dans les quartiers noirs.
Les opposants radicaux de l'époque soupçonnaient déjà
la présence
malveillante de Big Brother dans ces quartiers où le flot de
drogues a permis de noyer les flammes de la résistance révolutionnaire
noire (...)
Ce complot diabolique a un précédent dans l'histoire des
Etats-Unis. Combien de communautés et de tribus d'amérindiens
ont-elles été dévastées après l'introduction
de l'alcool dans leur régime alimentaire par les Européens
?
(Extrait
de En direct du couloir de la mort, Mumia Abu-Jamal, La Découverte,
Paris, 1999.)
*
Lors du second mandat de Ronald Reagan
(1985-1988), un groupe de hauts fonctionnaires opérant à
partir de la Maison Blanche a vendu des armes à l'Etat iranien
de façon illicite et a utilisé une partie des bénéfices
de cette opération pour aider les contre-révolutionnaires
nicaraguayens. Oliver North, lieutenant-colonel des U.S. Marines et
membre du Conseil de sécurité nationale, a été
l'une des chevilles ouvrières de cette opération, hautement
illégale, qui a fait l'objet d'un rapport d'une commission sénatoriale
en 1987 et d'une enquête menée par un procureur spécial.
Inculpé dans un premier temps, North a été relâché
par la justice
(...) Le directeur de la CIA de l'époque, William Casey, le vice-président
George Bush et le président Reagan ont été blâmés
dans le rapport du procureur spécial mais n'ont pas été
sérieusement inquiétés par la justice."
(Note du traducteur Jim Cohen.)
Une
justice partiale ? Ca fait bien un point commun entre celle qui est
appliquée aux puissants et celle qui est appliquée aux
faibles (économiquement et sociologiquement parlant).
Quand on constate l'illégalité probante du déroulement
des procès de Mumia Abu Jamal lui-même, il est clair que
la justice à deux vitesses n'est pas un vain mythe.
La situation en France n'est pas plus idyllique.
Est-il besoin de préciser que notre nation a strictement les
mêmes impératifs impérialistes, politiques, mafieux,
économiques et sociaux que les Etats-Unis ?
Nous observons chaque jour que ce que le Nord fait subir au Sud, il
le fait aussi subir sur son territoire à sa propre population.
L'un et l'autre sont indissociables. L'un et l'autre sont inadmissibles.
L'enjeu est la remise en question de l'exploitation, de l'accumulation
et de la répartition inégalitaire des richesses. Et cela
au niveau international comme individuel.
Comme
l'enseignait l'ancienne Black Panther Angela Davis à l'Université
de Californie en 1969 avant d'être destituée puis condamnée
à la prison à perpétuité par le gouvernement
américain (elle fut acquitée et libérée
sous la pression populaire en 1971) :
"D'une conscience authentique de l'oppression
naît la nécessité, clairement perçue par
un peuple, d'abolir l'oppression. L'esclave qui tend à cette
perception claire découvre vraiment le sens de la liberté.
Il sait ce que signifie la disparition du rapport de maître à
esclave."
(Extrait de Angela Davis parle, Angela
Davis, Editions sociales, Paris,1971.)
Sur le chemin de cette connaissance qui nous mènera vers la libération,
et donc la liberté, force est de constater que les obstacles
sont nombreux, que la désinformation règne, que la passivité
nous est quotidiennement suggérée... pour le plus grand
bien de l'ordre établi et de ceux qui en bénéficient.
La
compréhension du monde tel qu'il fonctionne doit être notre
priorité.
Et
il faut désormais savoir que cette lucidité ne s'acquierera
pas sans effort, ni sans un réel désir de l'obtenir.
Nos ennemis le savent et le craignent plus que tout, de la connaissance
vient l'émancipation et nait la subversivité.
Le
savoir est une arme, la chasse est ouverte.

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